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vendredi 27 mars 2015


"l’impression de discuter de tout et n’importe quoi sans qu’aucun dossier ne soit mené à son terme" Philippe Capon (Unsa FASMI)

Philippe CAPON "Notre score nous permettra de peser dans le dialogue social puisque aucune fédération n’a la majorité absolue", indique Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa police et de la fédération Unsa des syndicats du ministère de l’Intérieur, dans un entretien à AEF.

Avec près de 13 % des voix lors des élections professionnelles du 4 décembre l’Unsa reste la troisième confédération chez les personnels de la place Beauvau.

Interrogé sur les négociations en cours avec l’administration, il dit avoir "l’impression de discuter de tout et n’importe quoi sans qu’aucun dossier ne soit mené à son terme".

Philippe Capon souhaite que des priorités soient dégagées, en particulier sur "l’organisation de la police et de ses missions"et la procédure pénale. Au sujet la mobilisation actuelle dans le cadre de la lutte antiterroriste, il constate que "les policiers sont fatigués".

 


 

AEF : L’actualité des forces de l’ordre est marquée par la mobilisation dans le cadre de la lutte antiterroriste Quel est le moral des troupes ?

Philippe Capon : Les policiers sont fatigués. Et le rythme d’emploi reste important. Même s’il y a moins de reports de congé ou de récupération à présent, l’assouplissement reste à l’initiative des chefs de services. Or, dans les petites circonscriptions, ils disposent de moyens contraints pour faire tourner les services, faute d’apport des forces mobiles, engagées dans les grandes villes. À mon sens, l’administration aurait dû proposer à l’ensemble des policiers le paiement des heures supplémentaires réalisées durant cette période post-attentats. Le plan Vigipirate au niveau "alerte attentat" est conçu pour être mis en oeuvre pour une période très courte. Les contraintes qu’il représente sont énormes. S’il doit se poursuivre au-delà du mois d’avril, puisque c’est l’échéance envisagée à l’heure actuelle, il faudra réfléchir aux missions assignées à la police nationale et à la contribution des forces qui concourent à la sécurité, telles que les polices municipales et la sécurité privée. Cette dernière est beaucoup plus fiable aujourd’hui, il est sans doute temps de lui faire davantage confiance. Le problème restera néanmoins celui du financement.

 

AEF : Quel l’impact de la mobilisation actuelle sur les missions réalisées par les services de police ?

Philippe Capon : Elle entrave les missions de sécurisation. Actuellement, dans les rues, on voit passer des voitures de police pour intervenir, mais beaucoup moins pour patrouiller. Nous ne pourrons donc pas garder les points sensibles indéfiniment.

 

AEF : Des renforts pour les services de renseignement ont été annoncés par le Premier ministre en janvier. Vous craignez des conséquences sur la sécurité publique…

Philippe Capon : Oui, car l’ensemble des effectifs supplémentaires seront pris dans les services de sécurité publique, déjà exsangues. Ces agents ne seront remplacés que dans un an au minimum, le temps de la scolarité des élèves gardiens. Ce sont 100 nouvelles recrues supplémentaires qui entreront en école en avril 2015, et environ de 300 de plus en septembre 2015. Ceci dit, il faut évidemment renforcer le renseignement. Mais cela ne doit pas passer uniquement par des effectifs. On peut mettre des milliers de policiers supplémentaires, s’il n’y a pas de coopération et d’échange d’information entre les différents services, c’est inefficace. C’est la raison pour laquelle la Fasmi soutient beaucoup la mise en place du SCRT. C’est un organe cohérent qui vise à récupérer l’information de premier niveau pour la transmettre à la DGSI le cas échéant. Il est donc souhaitable que ce service intègre le deuxième cercle de la communauté du renseignement.

 

AEF : Pour en revenir aux renforts de personnels, jugez-vous que les effectifs annoncés sont à la hauteur des enjeux ?

Philippe Capon : Il faudra, selon nous, faire un point d’étape pour analyser les conséquences de l’apport d’effectifs et adapter le dispositif si nécessaire. Les personnels supplémentaires doivent permettre de spécialiser davantage les personnels du renseignement, notamment dans le renseignement territorial. Les agents ne peuvent pas être en pointe sur l’ensemble des sujets or, dans les petits départements, ils sont parfois amenés à faire des tâches qui n’ont rien à voir d’un jour sur l’autre. Sur les renforts de gendarmes, le dispositif prévu nous laisse interrogatifs. Ils vont faire, en quelque sorte, du télétravail en matière de renseignement. Il faudra voir si cela fonctionne.

AEF : À l’issue des attentats, Bernard Cazeneuve a demandé aux syndicats leurs propositions pour lutter contre le terrorisme. Quelles sont celles de la Fasmi, qui regroupe notamment l’Unsa police, l’Unsa officiers, le SCPN et l’Unsa Intérieur ATS (administratifs, techniques et scientifiques) ?

Philippe Capon : Il y a tout d’abord une question sur l’armement lourd. Nous ne voulons pas faire de tous les policiers des "Rambo". L’équipement systématique doit donc être réservé au GIPN ou au Raid. En revanche, il semble que l’on s’oriente vers l’équipement d’un fusil par voiture. Nous sommes partisans d’une telle solution, avec un rail sécurisé et une balise. Ainsi, le retrait de l’arme enverrait une alerte au centre de commandement et conduirait donc à l’envoi de renforts. Les récents attentats ont par ailleurs montré qu’il y avait un problème au niveau de la formation. La police avait un stock d’armement lourd satisfaisant mais nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas suffisamment de collègues pour les tenir. Cela montre un vrai dysfonctionnement de la formation continue au maniement des armes. Enfin, l’attentat commis à Charlie hebdo interroge les règles d’engagement des armes. Actuellement, un policier peut ouvrir le feu sur un individu uniquement s’il est directement menacé par celui-ci. Après les meurtres commis au sein de la rédaction de l’hebdomadaire, si un policier avait été en mesure de neutraliser les frères Kouachi, il n’aurait donc pas pu le faire, à moins d’être directement visé par eux. Nous pensons que les policiers doivent pouvoir intervenir pour neutraliser par tous moyens des individus dont la dangerosité ne fait aucun doute.

AEF : Que pensez-vous du projet de loi relatif au renseignement présenté en conseil des ministres, jeudi 19 mars 2015 ?

Philippe Capon : Le texte comprend des mesures que nous soutenons entièrement. Elles sont nécessaires et sans doute indispensables pour lutter contre le terrorisme, comme l’ont tristement montré les attentats. Nous nous sommes également aperçus que les agents des services de renseignement étaient parfois "borderline" dans l’exercice de leur mission antiterroriste. Il est essentiel de pouvoir intervenir avant que les actes soient commis, le texte clarifie donc cette situation, tout en instaurant un contrôle. Les policiers des services de renseignement avaient besoin de cela pour travailler et pour fiabiliser leur travail.

AEF : Avant les attentats, les policiers ont voté pour désigner leurs représentants Les instances de concertations se mettent en place actuellement, à l’image de comité technique de réseau de la police nationale, qui s’est réuni pour la première fois, mercredi 18 mars 2015. Comment analysez-vous le résultat de la Fasmi dans les différents scrutins ?

Philippe Capon : Notre score est honorable puisque nous recueillons plus de 15 000 voix au comité technique ministériel. Peu de monde pariait sur un tel score. Il nous permettra de peser dans le dialogue social puisque aucune fédération n’a la majorité absolue. Nous sommes d’ailleurs assez courtisés par les autres organisations…

AEF : Comment analysez-vous les résultats des autres organisations ?

Philippe Capon : Le score de Force ouvrière représente une grosse chute. Unité SGP police-FO a sans doute payé dans les urnes une politique syndicale incohérente et un double discours entre celui tenu aux collègues et celui réservé à l’administration. La CFE-CGC et Alliance ont légèrement amélioré leur résultat mais sont en réalité restés au niveau où nous les connaissions.

AEF : Vous n’avez pas trouvé d’accord avec le SCSI pour ces élections. Est-ce une occasion manquée ?

Philippe Capon : Oui, et sans doute pour longtemps. Avec le SCSI, nous aurions pu construire quelque chose de cohérent, mais celui-ci s’est isolé du reste du paysage syndical en faisant le choix d’un corporatisme exacerbé. Il s’est également exclu du dialogue social puisque la CFDT ne sera pas présente dans les instances de concertation à l’exception du comité technique ministériel. Lorsque le comité technique de réseau débattra du temps de travail des officiers, le SCSI ne sera pas présent pour en parler…

AEF : À l’heure où s’ouvrent les négociations entre la parité syndicale issue des urnes et l’administration, quels sont, selon vous, les dossiers qui doivent être traités de manière prioritaire ?

Philippe Capon : Beaucoup de chantiers ont été ouverts avant les élections. Nous avons ainsi l’impression de discuter de tout et n’importe quoi sans qu’aucun dossier ne soit mené à son terme. Nous militons donc pour que l’administration dégage des priorités. En premier lieu, il faut, selon nous, avancer sur l’organisation de la police et de ses missions. La mobilisation actuelle le montre, nous ne pouvons plus continuer comme ça. Les missions de transfèrement ou de garde statique, par exemple, doivent être étudiées et, pour certaines, confiées à d’autres partenaires. Nous devons aussi, dans ce dossier, étudier la coopération entre la police et la gendarmerie. La deuxième priorité concerne l’organisation du travail. Il y a de nombreuses problématiques à régler, notamment en matière de temps de travail, de cycles de travail, d’heures supplémentaires… Parmi les sujets prioritaires, je citerais également le déroulement de carrière des policiers – les collègues ont souvent l’impression de ne plus avoir de perspectives de carrière — et la procédure pénale.

AEF : Sur ce dernier sujet, justement, le ministre de l’Intérieur a indiqué vouloir procéder à des implifications par ordonnances. Avez-vous plus d’informations sur ses intentions ?

Philippe Capon : Non, il n’y a pas de négociation d’ouverte sur ce sujet avec la parité syndicale. Il faut pourtant absolument fluidifier la procédure et utiliser les moyens modernes de communication pour gagner du temps, limiter les copies papier, éliminer le fax qui est encore utilisé dans certains endroits ! La procédure française fait le grand écart entre l’inquisitoire et l’accusatoire et, pour moi, pose le problème du travail devenu infernal de beaucoup d’officiers de police judiciaire. Nous sentons néanmoins des résistances au niveau de la Chancellerie et des directeurs du ministère de la Justice pour faire avancer les choses. Cela nous inquiète.

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Interview de Philippe CAPON ; Secrétaire général de l’UNSA Police et de la Fasmi
le "lu pour vous"

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